L’affaire impliquant le financier américain Jeffrey Epstein connaît un nouveau rebondissement majeur, plaçant désormais la France au cœur d’une controverse politique et judiciaire qui dépasse largement ses frontières.
Le premier choc est venu du Parlement français.Une proposition visant à créer une commission d’enquête parlementaire sur le volet français de l’affaire Epstein a été officiellement rejetée.
Cette initiative, soutenue par seize sénateurs et portée notamment par Henri Leroy, avait pour objectif d’examiner d’éventuels dysfonctionnements institutionnels, la coopération judiciaire internationale ainsi que la protection des victimes.
Le président du Sénat, Gérard Larcher, a refusé l’ouverture de cette commission, invoquant la séparation des pouvoirs et l’existence d’enquêtes judiciaires en cours.
Une décision similaire avait déjà été prise à l’Assemblée nationale par sa présidente, Yaël Braun-Pivet.
Ce double refus a immédiatement suscité de vives réactions.
L’association de protection de l’enfance Innocence en danger a dénoncé un choix politique « de ne pas savoir », estimant qu’une commission parlementaire n’interfère pas avec la justice mais permet au contraire d’évaluer les responsabilités institutionnelles.
Parallèlement, un événement survenu en Norvège a renforcé les interrogations autour du dossier.Fin avril, Edward Juel Rod Larsen, âgé de 25 ans, est décédé à Oslo dans ce qui a été présenté comme un suicide.
Il était le fils de la diplomate norvégienne Mona Juul et de l’ancien haut responsable international Terje Rød-Larsen, tous deux visés par une enquête pour corruption liée à leurs relations passées avec Epstein.
Les autorités norvégiennes soupçonnent que des avantages financiers, notamment des séjours de luxe et des transferts d’argent, aient été accordés dans le cadre de ces relations.
Selon plusieurs révélations médiatiques, Epstein aurait également légué plusieurs millions de dollars aux enfants du couple dans son testament, un élément désormais examiné par les enquêteurs.
Point particulièrement sensible : la France et la Norvège venaient tout juste de mettre en place une équipe commune d’enquête destinée à examiner ces soupçons de corruption internationale.
La coopération judiciaire franco-norvégienne vise notamment des aspects financiers et diplomatiques liés aux réseaux internationaux gravitant autour d’Epstein.
En France, le parquet national financier a confirmé l’existence d’investigations portant sur des faits présumés de corruption et de détournement impliquant des fonctions liées à des organisations internationales, renforçant l’idée que le volet français de l’affaire pourrait être plus important qu’imaginé initialement.

Dans le même temps, une révélation venue des États-Unis a ravivé les doutes sur les circonstances entourant la mort d’Epstein.
Le quotidien The New York Times affirme qu’une lettre rédigée par Epstein lors de sa détention à Manhattan avant sa mort en 2019 serait toujours conservée sous scellés par la justice américaine.
L’existence même de ce document n’aurait été rendue publique que récemment, près de sept ans après les faits.
Le journal a engagé des démarches judiciaires pour obtenir sa publication, estimant que son maintien secret soulève des questions majeures de transparence dans une affaire d’intérêt mondial.
Ces développements simultanés — refus d’enquête parlementaire en France, coopération judiciaire internationale et nouvelles zones d’ombre aux États-Unis — relancent une affaire qui continue de secouer les institutions politiques et judiciaires.
Plusieurs observateurs soulignent que le dossier Epstein dépasse désormais le cadre d’un simple scandale criminel.
Il interroge la capacité des démocraties à faire toute la lumière sur des réseaux internationaux mêlant pouvoir, argent et influence.
À ce stade, aucune juridiction n’a établi l’existence d’un système politique organisé lié à Epstein, et de nombreuses enquêtes restent en cours.
Mais une chose apparaît désormais certaine : des années après sa mort, l’affaire Epstein continue de produire des secousses politiques majeures, et la France semble aujourd’hui occuper une place centrale dans ce nouveau chapitre international.